La plume heureuse

Chronique de langue plutôt amusante, enrichie d'anecdotes sur Venise, le chant choral, l'enfance à la campagne, la vie à Québec...

dimanche 24 avril 2005

Dans l'intervalle - Requiem pour une bombe

D’où vient que l’on utilisait autrefois, au Québec, le mot bombe au sens de «bouilloire»? s’est demandé Zénon à la lecture de mon billet de mercredi dernier (ci-dessous).

Belle occasion d’ouvrir mon Glossaire du parler français au Canada (réimpression de l’édition publiée en 1930); cependant, si l’emploi y est consigné, je n’y trouve aucune indication de provenance.

Mais j’ai aussi Le Robert – Dictionnaire historique de la langue française, où j’apprends d’abord que «l’histoire du mot reflète celle des techniques d’artillerie : bombe désignait anciennement un gros boulet creux rempli de poudre et tiré par un mortier». Cette forme ronde a donné lieu, à partir du dix-septième siècle, à des emplois figurés ou analogiques : ainsi, bombe a désigné un gros vase sphérique (1771), et je ne dois pas être la seule à raffoler de la bombe glacée. Les auteurs ajoutent, précision intéressante, que «ces métaphores sur la forme ronde ont cessé d’être productives» au vingtième siècle, «avec le changement de forme des explosifs appelés bombes».

L’ouvrage ne mentionne pas le sens de «bouilloire», mais on est fondé à croire, à mon avis, qu’il s’agit là d’un emploi métaphorique, disparu avec le type de bombe que l’ustensile de cuisine évoquait jadis.

Line Gingras

Posté par Choubine à 01:15 - Commentaires [12] - Permalien [#]

Commentaires

    Intéressant...
    (Au fait, Line, j'ai rangé mon blog, et je t'ai -enfin- ajoutée à mes liens !)

    Posté par jujuly, lundi 25 avril 2005 à 04:31
  • Merci, jujuly! Je me demandais parfois, en effeuillant mentalement la marguerite : elle m'aime, elle m'aime pas, elle fait une soeur?

    Posté par Line, lundi 25 avril 2005 à 12:57
  • cette histoire de bombe, ça me donnerait bien envie de raconter des bêtises. Ce qui me plait le plus, c'est l'idée qu'on puisse tirer des boulets, et creux en plus. Je trouve qu'on en tire, hélas, à longueur de journée.

    Posté par scrabbleur, lundi 25 avril 2005 à 14:27
  • Ça me rappelle la fois où notre chef de section avait dû s'absenter, un après-midi, pour aller rencontrer les terminologues du service de la Défense nationale. Deux de mes collègues, traducteurs rapides, se sont un peu divertis : l'une a fait un dessin où il y avait, si ma mémoire est fidèle, un chat qui s'éloignait en traînant un boulet, et des souris qui dansaient sur une pile de dictionnaires; l'autre a pondu comme légende : "La Démence nationale ou la bombe?" Cette oeuvre à quatre mains s'est retrouvée sur la porte de notre chef...

    Posté par Line, lundi 25 avril 2005 à 15:13
  • "Elle fait une soeur" ???
    On n'a pas les mêmes marguerites, ma parole, en France !

    Posté par jujuly, mardi 26 avril 2005 à 04:18
  • Well,well..

    C'est super interessant ce qui se dit ici!
    Je mets illico un lien vers ton blog ..

    Posté par Pancho, mardi 26 avril 2005 à 07:17
  • Pour ce qui est des marguerites, jujuly, les fillettes du petit rang croche (ma soeur et moi, donc) récitaient, en les effeuillant : "Je me marie, je me marie pas, je fais une soeur..."

    Bienvenue, Pancho, et merci! M'as-tu donné l'adresse de ton blogue?

    Posté par Line, mardi 26 avril 2005 à 13:38
  • explication de feuille

    N'empêche, j'aimerais bien savoir comment on fait une sœur, parce que moi j'ai juste un frère et j'ai toujours rêvé d'avoir une sœur...
    Mais je suppose que ça voulait plutôt dire "je me fais bonne sœur"?

    Posté par jujuly, mercredi 27 avril 2005 à 07:36
  • Oui oui oui, jujuly, ça voulait dire "je me fais bonne soeur". Mais c'est intéressant, cette question de syntaxe. Je ne crois pas me tromper en affirmant que, aujourd'hui encore, les petits Québécois que l'on interroge sur leurs projets d'avenir vont répondre spontanément, dans bien des cas, quelque chose du genre : "Je vais faire un médecin, un pompier, un professeur, un mécanicien, un explorateur."

    Posté par Line, mercredi 27 avril 2005 à 13:47
  • Merci !

    J'avais oublié de te remercier pour ces explications...
    Merci !
    Zénon

    Posté par zenon, vendredi 29 avril 2005 à 21:24
  • De rien, Zénon! J'adore consulter le "Robert" historique. Et puis les questions sont toujours les très bienvenues.

    Posté par Line, samedi 30 avril 2005 à 15:55
  • Hum, j'ai eu un cours la dessus sur le sujet en linguistique, je m,en souviens mal mais il faudrait que je recherche dans mes cahiers, c'est une histoire de trés vieux français, de normandie, ou un truc du genre. Je vérifierai lorsque j'aurai deux minutes...

    Posté par Etolane, vendredi 13 mai 2005 à 20:14

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